{T’inquiète je gère…}

Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours définie comme étant une femme de caractère, une femme forte.
Positive aussi, je préfère voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Le positif attire le positif selon moi.
2020 est arrivé avec son lot de merdes, soyons cash.
Alors quand ont été annoncés, le confinement, l’école à la maison, le télétravail… je me suis dit: t’inquiète je gère.

Les premières semaines ont comme un air de vacances même!
Oui oui j’ose le dire, c’était fun, on était tous positifs, plein de bonnes ondes, plein d’entrain…
Un jardin qui n’a jamais été si bien entretenu, des bons plats tous les jours & même des brioches maison au petit dej!
J’ai toujours tenu à m’habiller, me coiffer, me maquiller: comme au bureau, même en bossant de la maison!

Mais tout ça s’est essouflé.
L’enthousiasme des premiers temps a laissé place à des crises de larmes durant les exercices de maths, des cris, des enèrvements…
Mais t’inquiète je gère.
Un télétravail qui finit par empiéter sur ma vie de famille, mais t’inquiète je gère.
Une activité partielle avec une charge de travail pourtant bien chargée… Des outils, une façon de travailler & d’échanger qui évolue avec ce télétravail.
Mais pas de soucis, je gère!
Bon vivement que ça redevienne normal quand même hein car j’ai du mal à y voir clair des fois, j’en suis à me relever le soir pour noter & ne pas oublier… Mais t’inquiète je gère.

“Tinquiète je gère”… Combien de fois j’ai pu dire ces mots… un nombre incalculable de fois et pour toutes ces situations citées au dessus.
Le confinement: je gère, les devoirs à la maison: je gère, les filles: je gère, la maison: je gère, la bouffe: je gère, le boulot: je gère.

Les semaines passent, je sens bien que mon corps me lance des signaux du genre “warning”, “surchauffe”, mais je ne vois rien, je les ignore, je les enfouis car je sais que je suis capable et que je vais réussir à gérer, j’ai toujours réussi jusqu’à présent alors pourquoi pas maintenant?…
Une fatigue intense, des crises de larmes, d’angoisse, des maux de têtes quotidien, des douleurs aux cervicales, au dos… Je suis à fleur de peau, a vif, la voix tremblante H24, je suis excecrable à la maison, sur la défensive…

Je pensais gérer. Après tout, j’ai déjà traverser bien des épreuves qui m’ont meurtries au plus profond de moi même…

Puis un matin, je n’y arrive plus, mes larmes ne cessent de couler face à tous ces emails “non lus”, une crise d’angoisse …encore…
Un échange d-email, puis un coup de fil: “Virginie, ton état m’inquiète vraiment, je te demande de prendre contact avec ton médecin traitant afin qu’il puisse te mettre en arrêt”…
Sur le coup je me dis “oui bon ok, je vais voir avec lui et au pire il va m’arrêter quelques jours et ça ira mieux après”…
Ce mercredi de septembre: Je rentre dans le cabinet, assez confiante: je gère.
J’échange quelques mots avec mon médecin traitant (qui me connaît depuis gamine), je finis par fondre en larmes, et lui de me dire: “Virginie tu es épuisée, tu as besoin de repos là…”
Mon médecin m’a arrêté.

Les jours qui ont suivi, je n’ai fait que pleurer, des litres & des litres de larmes, je suis à bout, toute cette pression (dont je n’avais finalement pas conscience) se relâche…
C’est difficile, je me sens sombrer, je ne comprends pas: comment, moi, cette femme forte, j’ai pu en arriver là? Comment est-ce possible? Pourquoi je n’ai rien vu? Je me sens si nulle… si fragile… si faible.

“Tout ce que tu me dis là, Virginie, ce sont tous les symptômes du burn out”
Quelques jours avant d’être en arrêt, mon père m’avait dit ces mots…
Il savait aussi que, même si je les avais entendus, je ne les avais pas intégré…

“Il faudra que tu acceptes cette situation pour pouvoir avancer”,
“mettre un genou à terre n’est pas une faiblesse, se relever est une force”,
“tu as besoin de prendre soin de toi maintenant pour pouvoir prendre soin des autres comme il faut”…

J. a su trouver les mots à chaque moment, à chaque étape, elle sait trouver ces mots qui font sens et qui resonnent en moi si justement.

“Choupette, je crois en toi, tu vas ressortir plus forte”,
“Prends le temps qu’il te faut, c’est important”
,
et tous ses messages bourrés d’emojis et de GIF!…Ma chouchou!

Aujourd’hui j’ai toujours un genou à terre.
Mais j’ai cheminé, j’ai avancé et j’avance encore chaque jour.
Je ne pense pas avoir encore complètement accepté cet état dans lequel je suis… mais j’ai compris que je ne suis pas faible, je suis juste humaine…

Ces derniers mois, je me suis perdue, je ne me reconnaissais plus…
Mais j’ai compris que j’avais le droit de flancher et que quoi qu’il arrive je suis bien entourée, mon mari qui ne me lâche pas la main, sèche mes larmes, mes parents qui sont si présents, mes amies toujours là pour me faire rire…

Pourquoi partager ça? Pourquoi avec vous? Pourquoi ici?
Je pense que cela fait parti de mon cheminement vers l’acceptation, et que, égoïstement, cela va m’aider à me relever.
Au delà de ça, l’écriture a toujours été pour moi source de libération, je n’ai aucun tabou, j’espère aussi que ces mots pourront peut-être aider car je sais que je ne suis pas seule…
Je n’écris pas pour que l’on me plaigne, loin de là.
J’écris simplement avec mes mots pour partager mes maux et échanger avec celles et ceux qui ont pu connaître ça.
Je partage pour essayer de ne plus avoir honte et prendre conscience que cela peut arriver à tout le monde de ne plus réussir à gérer…

J’ai toujours un genou à terre, mais j’ai déjà relevé la tête et je sais désormais que j’ai les ressources en moi pour me remettre debout.
Je sais que je vais retrouver cette harmonie qui n’était plus et régler ce conflit intérieur…

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