{Bouffer ses émotions}

Je suis certaine que cette expression te dit quelque chose. Soit parce que tu l’as déjà entendue, ou peut-être parce que comme moi… C’est ce que tu vis.

D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours trouvée “grosse“, en tout cas plus grosse que mes amies. Soit par mon simple reflet dans le miroir… Soit par ce que j’entendais autour de moi… Et pourtant avec mon regard d’adulte, mon regard d’aujourd’hui, je me rends compte que cette jeune fille de 13-15 ans, elle était mimi comme tout. Oui certe un peu plus en forme que ses copines, mais jolie et loin d’être “grosse“.

En écrivant ces mots, je m’apperçois que déjà à 13 ans mon poids était un soucis pour moi… Je me dis que cela m’aura vraiment bouffer toute ma vie ! 21 ans plus tard, j’en suis toujours au même point, je me bats perpétuellement avec mon poids.
Bon j’ai quand même avancé depuis, j’ai compris pas mal de choses déjà… J’ai commencé par suivre une thérapie il y a maintenant 13-14 ans afin de régler mes TAC (troubles alimentaires compulsifs), dans mon cas: la boulimie.
J’ai compris beaucoup de choses grâce à cette thérapie, le rapport a mon corps, à Damien (avec qui j’étais déjà à l’époque), à mon père, à ma mère… Finalement on se rend compte que ce qui se passe dans la tête, dans le corps.. Tout est tellement lié.
J’ai également apprit qu’il fallait se défaire ces idées bien trop ancrées dans notre société, les casser et les revoir même!
Je pense que c’est ce dernier point qui est le plus difficile à régler. Mais on en reparlera dans un prochain article 😉

La vérité c’est qu’on est jamais vraiment guerrie de ce genre de maladie. On arrive à être un peu moins malade, à limiter la casse et à vivre avec. Je suis quand même montée à plus de 90kg (pour mes 1m56)… Mon poids le plus bas remonte à il y a tellement d’années qu’il n’est absolument plus d’actualité ni même envisageable aujourd’hui.
Ma dernière vraie grosse crise remonte à il y a maintenant plusieurs années, je crois…
J’ai toujours des petites crises, bien moins importantes et que j’arrive surtout à gérer et canaliser.
Mais s’il y a bien une chose que j’ai appris et compris c’est que je “bouffe mes émotions” au sens propre… Que ce soit des émotions positives ou négatives, elles contrôlent ma façon de manger.
Si je suis heureuse, pour quelque raison que ce soit, je vais me mettre à cuisiner & avoir cette folle envie de nourir qui le voudra bien.
A contrario si quelque chose me contrarie, me stresse ou m’angoisse je vais avoir cette envie, ce besoin de combler mon mal-être. En quantité astronomique souvent, du gras souvent, en cachette toujours.

Je me revois…
* au collège, dévaliser le distributeur de friandises pour des Kinder country ou des skittles
* au lycée, en revenant des cours de sport, m’arrêter devant ce marchant à l’angle de la rue pour un panini au Nutella
* Pendant mon BTS, m’arrêter dans un supermarché pour m’acheter des bonbons et des gâteaux
* Dans notre premier chez nous, manger en cachette de Damien…
Quand je revois cette jeune fille, jeune femme… Je me dis qu’elle ne s’en sort pas trop mal, car elle aurait pu tellement mal finir. 

Aujourd’hui, comment ça se passe? Déjà j’ai réglé certaines choses liées à mes émotions, ça aide pas mal. Je relativise beaucoup, et j’essaie de prendre du recul surtout. De me dire que quand je vais bien ou moins bien, je peux l’exprimer autrement qu’en me goinffrant! 
Pas toujours facile et ça demande une certaine gymnastique du cerveau, mais surtout je regarde mes filles,  et je me dis que je ne veux pas qu’elles traversent ce que j’ai pu traverser. Ca remet bien les idées au clair en général.
Il y a des choses qui restent encore bien trop installées en moi, comme par exemple calculer tout ce que je porte à ma bouche (calories, points…), contrôler les quantités dans les assiettes de tout le monde (bon je nee me permets pas de le dire hein, ça reste dans ma tête) et encore bien d’autres.
Il me  reste encore beaucoup de chemin à parcourir, j’en suis conscient et j’y travaille dur.
Mon plus gros défi sera d’apprendre à manger en pleine conscience, ce qui n’est pas gagné, mais je vais m’y atteler!

Cela fait plusieurs jours que je pense à écrire cet article, mais je ne savais pas trop comment le tourner,  l’approcher… Jusqu’à aujourd’hui.
Journée particulièrement difficile à la maison.
Le boulot, les filles, leurs devoirs, les repas, le linge…
Nous voilà donc installées à 9h avec les filles pour attaquer l’école à la maison. Maély n’arrive pas à comprendre, je n’arrive pas à lui expliquer, elle perd patience, moi aussi…
Je finis par lâcher prise, on arrête tout: elle pleure… moi aussi.
Je n’avais qu’une envie: bouffer! Bouffer pour oublier cette idée que je suis une maman nulle (ce que je pense à cet instant-là), mais non, je souffle un bon coup, je vais me faire un café, je sors 2 minutes prendre une grosse bouffée d’air et je me remets au travail.
Nous avons repris l’école dans l’après-midi avec plus de calme, ça a été un peu mieux.
Je me dis qu’on fait comme on peut et surtout je suis fière de me dire que aujourd’hui une fois encore j’ai réussi à ne pas succomber à mes émotions!
Je n’ai pas bouffé mes émotions!

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